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  François Bégaudeau

 

François Bégaudeau, écrivain, journaliste, chroniqueur et grand amateur de foot vient de recevoir la Palme d'Or à Cannes pour l'adaptation de son roman "Entre les murs", dans lequel il interprète le rôle principal du prof de français.
Après quelques jours mouvementés suite à cette consécration, François nous a accordé une interview. Il revient notamment sur son 1er roman "Jouer juste", qui relatait le discours d'un coach avant les prolongations.
François est présent pendant l'Euro dans Le Monde, pour un billet hebdomadaire.



La Soupe aux Shoots:  Qu'est ce que ça fait de battre dans une même soirée Maradona et Mike Tyson ?

François Bégaudeau: J'avais pas pensé à cet angle-là....en tout cas j'ai vu le film de Kusturica que je trouve vraiment pas bon du tout. On voit Diego faire le malin, marquer des buts sur des titres des Sex Pistols donc ça, ça m'a plu. Y'a des séries de buts qui reviennent comme une espèce de refrain dans le film et à chaque c'est "God Save The Queen", qui est ma chanson préférée. Rien que pour ça c'est assez jouissif. Mais autrement, il est beaucoup trop en empathie avec Diego pour que ce soit intéréssant.
Contrairement au N° So Foot spécial Diego !
On aime tous Diego, mais ça nous empêche pas de problématiser Diego, on peut pas être en empathie comme Kusturica qui pense que Diego est un Dieu, LE grand révolutionnaire de la planète, puisque c'est sa thèse. Diego est plus trouble que ça et c'est pour ça qu'on l'aime.

La Sas: Contrairement au foot où en terme de puissance économique les Grands mangent les Petits, la Palme d'Or décernée à Entre les Murs vient de prouver que l'inverse est encore possible au cinéma

François: ça arrive ! "Entre les murs" est un budget moyen qui a coûté 3 millions d'euros, c'est  une des raisons pour lesquelles les gens se réjouissent du succès du film, sa Palme et son succès annoncé dans les salles. On a eu de la chance comme l'a dit Laurent Cantet quand il a fait son speech à Cannes, le film s'est monté très facilement ce qui n'est pas le cas de tous les galériens du cinéma français actuellement. Faudrait pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt.

La Sas: tu as interprêté ton rôle dans l'adaptation de "Entre les murs", qui verrais-tu pour interprêter le rôle du Coach s'il y avait une adaptation de ton roman "Jouer juste" ?

François: Il a déjà été mis en scène au théatre, et Régis Bourgade y était parfait. Au départ, je m'étais inspiré de Denoueix et son équipe de 2001, même s'il est évident que c'est un type qui n'a pas un bagout comme le personnage. En fait, tout le monde pourrait le faire, faut juste un peu de classe, un peu d'arogance aussi certainement.

La Sas: Qu'est ce qu'il y a de pire pour un supporter du FC Nantes: voir Nicolas Goussé, numéro 9 de l'équipe en L2, ou d'avoir Pascal Praud en N°1 en L1 ?

François: Je suis toujours le club, mais moins qu'avant: je suis pas chauvin, mais au départ je soutenais le FC Nantes parce que j'étais Nantais, et puis j'ai quitté Nantes et à un moment je les ai soutenu parce que l'équipe jouait bien, j'aimais leur jeu, j'aimais ce que l'équipe de 95 véhiculait, l'école Suaudeau, l'école Denoueix.
Après ça c'est un peu dégradé même si on a pris des cadres et des entraineurs du cru, Amisse, Marcos, on sentait que y'avait quelquechose qui s'était perdu, y'avait des fondamentaux qui n'étaient plus là. A partir du moment où le club n'est plus dans une politique de formation, et qu'il ne produit plus un jeu spécifique. J'ai toujours de la sympathie mais j'y crois plus quoi...je crois que le jeu à la nantaise n'est plus possible dans le foot actuel peut-être parce que le foot est devenu tellement athlétique qu'un football qui repose sur des joueurs avec un physique très vif ça devient très dur. On en voit de moins en moins des joueurs comme ça, ils explosent un peu en vol. J'aimerai y croire mais je ne crois pas qu'on puisse retrouver ça au FC Nantes.

La Sas: ton époque préférée du FC Nantes c'est plutôt la génération 95/96 ou celle de 2001 ?

François: Les 2 sont bien, mais y'en a une qui est plus intéressante.
Celle de 95 reposait sur des joueurs vraiment excellents, qui ont eu après une carrière un peu étrange d'ailleurs, les Loko, Pedros, Ouedec, N'Doram, mais celle de 2001 ce qui est balèze c'est qu'il n'y avait pas vraiment de joueurs qui se détâchaient si ce n'est Moldovan ou Carrière, mais ça reposait vraiment sur le collectif. On a l'impression que c'était onze joueurs moyens/moyens + , mais c'est l'organisation qui leur faisait dominer le foot français.
Mais c'est vrai que celle de 95, où j'étais abonné, nous a fait rêver, comme celle de 83 quand j'étais gamin....D'ailleurs quand j'étais allé interviewer Suaudeau pour So Foot, il nous avait dit que c'était la plus grande équipe de Nantes de tous les temps.

La Sas: Tu crois pas que celle de 2001 n'a pas non plus été championne par défaut, à un moment où personne n'était en réelle mesure de pouvoir prendre le titre ?

François: oui peut-être un peu, mais à l'époque Lyon pointait son nez, c'était d'ailleurs la dernière année avant que Lyon ne commence son règne. C'était pas le championnat le plus relevé, mais en 6 mois l'équipe était assez souveraine en championnat. Je me souviens qu'en septembre,il était 10è après un 5-0 pris à la Beaujoire contre Bordeaux (1er match de Pauleta et triplé) et après ils ont fait une belle série. D'ailleurs ils sont allés loin dans les Coupes et ont fait un beau parcours l'année suivante en ligue des Champions. Mais les choses se sont gâtés à partir de ce moment-là : Denoueix a été viré en décembre et Carrière était parti à l'intersaison à Lyon.

La Sas: pour une soirée débat sur le foot, tu préfères assister à une soirée "On refait le match" avec Saccomano, à "100% Foot" avec la Mère Denis et Thierry Rolland qui dort, "Les Spécialistes" avec la palette à Doudouce et malgré les blagues à Paganelli ou à "Bienvenue au club" sur Europe 1 avec Pierre Louis Basse mais aussi Guy Roux ?

François: A la rigueur, je ne sais pas si j'aurai ma place ni dans l'une ni dans l'autre. Beaucoup plus chez Pierre Louis Basse, pas du tout chez Saccomano, qui n'aime pas du tout So Foot....En fait le type dont je me sens le plus proche c'est Didier Roustand lorsqu'il était à l'Equipe TV il y a quelques années. J'aime bien comment il parle du foot. S'il était dans le coin, je serai assez content de venir y parler de temps en temps.

La Sas: Tu as fait partie d'un groupe Punk il y a quelques années, crains-tu que les photos d'époque ressortent un jour, telles les vieilles vignettes Panini des joueurs des années 80 ?

François: Ben c'est arrivé récemment après Cannes et un journaliste de France 3 a réussi à refoutre la main dessus. Ils ont passé une vieille vidéo qu'ils ont retrouvé sur Youtube.
Que les journalistes ressortent ce genre de trucs avec un petit sourire en coin, du genre "c'était une erreur de jeunesse", ça rime à rien !
Mais j'en ai pas honte, j'assume...c'est une époque que j'aime bien. Ca me rappelle des souvenirs formidables !

La Sas: y'a t'il un joueur que tu considères comme un poète de la langue footballistique ?


François: moi ce qui m'intéresse ce sont les 10, les organisateurs. Un mec comme Messi qui est impressionnant, même si c'est un peu banal. Je trouve quand même qu'avec Ribéry, on a un mec assez incroyable. C'est le mec que j'attendais depuis longtemps: il a tout pour lui, une histoire, une gueule, il est prolo, technique, drôle, joyeux, joueur, il a le jeu dans le sang, il est capable de tout à n'importe quel moment. On ne dit pas assez à quel point c'est un miracle ce mec.

La Sas: même question pour un constulant, un commentateur ou un entraineur ?

François: j'aime bien entendre Wenger quand il commente sur TF1. J'aime bien écouter même s'il pourrait aller plus loin encore....

La Sas: Pourrais-tu faire une sélection de 11 écrivains français que tu positionnerais sur un terrain de foot ?

François: (rires), non ça me demanderait trop de temps-là et je risque d'en oublier...

La Sas: ...au moins le n°10 ?

François: en 10, je mettrai Jean Echenoz...mais c'est dur comme question !

La Sas: Ton 12 juillet 98 littéraire ?

François: Je précise que pour moi le 12 juillet 98 n'est pas une grande date. J'avais un peu de mal avec cette équipe là. C'était une belle équipe avec de sacrés joueurs dedans, mais le système de jeu était tellement défensif que ça n'a pas forcément été un jour de gloire. Pourtant, j'étais quand même plutôt pour eux contre le Brésil....
Niveau littéraire le summum pour moi c'était quand j'ai découvert un écrivain comme Gombrowicz. Là j'ai eu l'impression que j'avais trouvé un ami.

La Sas: Vas-tu suivre l'Euro ?


François: ouais par plaisir, mais aussi parce que je fais une chronique dans Le Monde dans un billet hebdomaire. L'Euro c'est la compétition la plus relevée, il va y avoir des putains de matches.

La Sas: tu vas suivre les Bleus ? les soutenir ?

François: ....ce sera l'objet de ma 1ère chronique que je vais écrire pour l'ouverture: est ce que je soutiens ou pas les Bleus ? J'hésite...comme je ne suis pas chauvin, il me faut des bonnes raisons. J'ai l'impression qu'on n'a jamais eu un tel potentiel offensif dans l'histoire du foot français: c'est le moment d'essayer de mettre vraiment de l'animation et ne pas toujours se reposer sur Makélélé / Viera. Y'a matière de développer du beau jeu, mais j'ai peur que Domenech, ce ne soit pas son truc. J'ai peur que ce ne soit pas une équipe spectaculaire. C'est plutôt la tendance de pas mal d'équipes d'ailleurs.
J'ai une empathie pour l'Italie, avec ce pays, cette culture, ces gens...et puis j'aime bien que tout le monde les déteste, alors j'aime bien les soutenir. Sinon l'Espagne, qui nous déçoit tout le temps même s'ils ont les meilleurs techniciens, la Turquie aussi qui développe un jeu un peu à la Nantaise et puis les Roumains dans une tradition très technique et latine.

La Sas: Sinon tes projets pour les mois à venir ?

François: je suis en train de finir 2 bouquins, l'un qui sortira fin septembre qui est l'anti manuel de littéraire. C'est une collection, y'a déjà eu un anti manuel de Philo par Michel Onfray et on m'a commandé un anti-manuel de français auquel je tiens pas mal parce que je me suis bien amusé à l'écrire.
Sinon un roman qui sortira en janvier, qui parle de la vie d'une bande de trentenaires à Paris.


A lire :
"Jouer juste" aux Editions Verticales
"Entre les murs" aux Editions Verticales (disponible également en poche)

A voir: "Entre les murs" le 24 septembre 2008.

 
 

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